Le coworking en mouvement

Le coworking en mouvement /Rencontre avec Sophie Ozdzinski de Copass octobre 2016

Sophie Ozdzinski fait partie de ces entrepreneurs qui ont décidé d’agir pour accompagner le mouvement. Après quelques années passées en entreprise, elle quitte son poste pour se lancer dans l’aventure de la mobilité. Elle est co-fondatrice de Copass, plate-forme leader de mise en relation des espaces de coworking à l’échelle mondiale. C’est parce qu’elle est porteuse, avec son équipe, d’une vision décloisonnée du monde du travail que nous avons voulu en savoir plus sur son parcours, les initiatives qu’elle promeut et sa vision de la mobilité et du travailler ensemble.

Interview de Sophie Odzinski : la mobilité au travail, les défis du coworking

Sophie Ozdzinski photo ©Copass

 On compte près de 400 espaces de coworking en France. La maturité du marché a-t-elle sonné ?

Le coworking suit une croissance exponentielle depuis ses débuts mais reste très récent (le premier espace au monde est né en 2005 seulement). Il s’agit d’un mouvement avant d’être un marché, qui fait face à une demande elle-même très forte. Les sous-jacents derrière cette évolution sont simples : il est aujourd’hui possible pour une population de plus en plus nombreuses de travailler de partout. Le travail n’est plus un lieu mais ce que l’on fait. Quel est alors le rôle des lieux physiques dans ce nouveau contexte ? C’est à cette question qu’ont su répondre les espaces de coworking. 

Depuis 10 ans, le concept prouve sa pertinence et s’étend sur tous les continents. Le nombre d’espaces de coworking dans le monde a été multiplié par dix en trois ans : aujourd’hui, nous comptons plus de 12.000 espaces de coworking dans le monde et des millions de coworkers. Mais ceci n’est qu’un début ! D’ici 2020, il est estimé que 40% des travailleurs aux Etats-Unis seront indépendants et pour la plupart mobiles. Et cela sans compter la multitude de collaborateurs en entreprises qui pourront travailler à distance ! Nous sommes donc loin de la maturité sur ce marché ; en France ou dans d’autres pays…

 Parlez-nous un peu de Copass…

Nous sommes persuadés que la mobilité du travail est l’un des enjeux majeurs des décennies prochaines. Elle ne doit pas être vécue comme une contrainte, mais comme une chance pour les entreprises et les individus. C’est ce constat qui nous a conduit à penser, définir et construire la solution Copass. Notre innovation va dans le sens de ce nouveau monde du travail qui sera mobile, flexible, connecté et créatif ! En un mot Copass permet aux individus, aux équipes et aux entreprises de travailler de partout facilement. Nous avons construit un réseau et une communauté de plus de 700 espaces de travail collaboratifs à travers le monde, accessible via un unique abonnement. Nous permettons à quiconque de trouver, découvrir et payer ces espaces en un clic, sans charge administrative inutile, et à tarif préférentiel.

 Copass s’adresse aux indépendants mais aussi aux entreprises. Place au décloisonnement ?

Nous pouvons parler d’une certaine manière d’un décloisonnement des organisations traditionnelles des entreprises, ou du moins de sa volonté. Je pense surtout que les entreprises ont pour enjeu principal de répondre aux attentes d’une nouvelle classe de travailleurs apparue dans le sillage de la révolution digitale. Ils recherchent une meilleure qualité de vie en conciliant travail et intérêt personnel. Ils pensent à court terme et sont très mobiles. Progression rapide, horaires plus flexibles, formation continue, liberté et autonomie… Voici quelques-unes des exigences de cette génération. 

Interview de Sophie Odzinski : la mobilité au travail, les défis du coworking

photo ©Copass

Au-delà des travailleurs indépendants et des nomades, nous offrons donc aux startups, PME et grandes entreprises l’agilité et la flexibilité dont elles ont besoin pour se développer et s’adapter aux nouvelles attentes de leurs collaborateurs. Notre mission est de permettre un nouveau monde du travail. Nous sommes convaincus que dans un futur proche, beaucoup d’entreprises auront des bureaux plus petits et se reposeront sur un réseau d’espaces en supplément pour gagner en flexibilité, optimiser leurs frais, diminuer le temps de transports de leurs salariés et garder leurs talents… Nous voulons être au coeur de cette redéfinition du travail et des bureaux ; qui dépasse la seule question de bien être proposé aux salariés.

 Plongez-vous dans votre monde du travail idéal…

Ce qui définit notre travail n’est pas tant le titre qu’on lui donne ou le lieu depuis lequel on le produit, mais réellement l’application des compétences que chacun développe. Je rêve donc d’un marché de compétences plus que d’un marché de statuts, et je pense que c’est la direction que le monde du travail prend actuellement. Un marché plus organisé autour de projets qu’autour de systèmes hiérarchiques rigides ; et une nouvelle fois il me semble que les entreprises tendent à se développer vers ces nouvelles formes d’organisations. 

Plus concrètement, j’aspire à voir se démocratiser un monde du travail où chacun est libre de travailler d’où il le souhaite. Nous avons récemment organisé des évènements d’équipes en dehors des locaux traditionnels de l’entreprise, dans des lieux atypiques, dynamiques et séduisants (Fuerteventura, San Francisco, Bali pour n’en citer que certains). Nous accompagnons en effet les entreprises à penser différemment leur manière d’interagir avec leurs employés, à créer de nouveaux liens et à répondre à de nouveaux besoins. 

Interview de Sophie Odzinski : la mobilité au travail, les défis du coworking

photo ©Copass

 La mobilité signe-t-elle la fin des espaces cloisonnés ? 

Ce type d’espaces n’est pas en mon sens destiné à mourir, mais plutôt à évoluer et à se repenser. Une entreprise sans aucun siège ou espace physique n’est pas un idéal à atteindre. Parfois, les employés ont besoin de se rassembler, de se connaître, d’apprendre à travailler ensemble… Certes, partout dans le monde, le nombre de collaborateurs travaillant / ou voulant travailler à distance augmente du fait des contraintes écologiques (temps de transport), économiques (congestion des villes) et sociales (revendication d’une meilleure qualité de vie). Mais je n’irai pas jusqu’à dire que la mobilité doive être une finalité dans nos sociétés – elle est un enjeu réel, parfois même un besoin pour une part de collaborateurs, mais elle ne peut pas être appliquée pour toutes les entreprises ; ni même être vécue positivement par l’ensemble des salariés. C’est ce qui en fait un merveilleux défi où tout est encore à construire intelligemment. Le coworking n’es, au final, qu’un élément très visible d’une redéfinition plus globale de nos modes de travail.

 

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